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samedi 7 décembre 2019

Le Galate vaincu

Les galates, gallis pour les romains, sont des celtes appelés ainsi en Asie Mineure pour leur peau blanche et laiteuse. Ces celtes, menés par leur chef Brenn descendirent vers la Grèce où ils pillèrent Delphes en 270 av.J.C. Un groupe poussa jusqu’en Asie Mineure (Turquie actuelle) et servit comme mercenaires en Bithinie. En 237 av.J.C. Attale Ier bat les galates, arrêtant ainsi leurs incursions et pillages. Ils forment alors un petit royaume en Anatolie, la Galatie qui sera conquise par les romains en 189 av.J.C.

Le Galate vaincu de la Salles des Pas Perdus

L'oeuvre « Le galate vaincu » nous montre un guerrier gaulois nu, tel que les auteurs romains décrivent les combattants du premier rang, sans aucun vêtement ou protection, alors qu’ils possédaient boucliers et cottes de maille. Son visage, à la moustache tombante, signe caractéristique des celtes, est tourné de côté, certainement vers l’ennemi. Il se plonge une épée courte (non caractéristique des celtes ou gaulois) sous la clavicule pour atteindre le cœur. La pointe du glaive est enfoncée dans la chair et un flot de sang s’en échappe.

De l’autre main il soutient sa femme, qui, à genoux, sa tête bouclée affalée vers la terre, est morte ou mourante. Son riche vêtement indique son rang élevé de femme de chef ce qui lui interdisait la honte de tomber vivante aux mains de l’ennemi et de subir l’esclavage, destin habituel des vaincus.

Ce groupe est une copie en bronze d'un modèle romain sculpté dans un bloc de marbre de 2m de haut. Le modèle romain est lui-même une copie d’un original hellénistique en bronze, commandé par Attèle Ier de Pergame pour commémorer sa victoire sur les galates au IIIème siècle av.J.C.

Le Galate vaincu du Palais Altemps de Rome

La copie romaine serait l’œuvre d’un certain Epigone et fut découverte lors de la construction au XVIIème siècle de la villa Ludovisi. Cette oeuvre est visible au palais Altemps de Rome. 

Source [1]

samedi 7 juillet 2018

Le Laocoon

Laocoon et ses fils. Fondu par Keller (1687)
Selon Robert Graves, Laocoon était un prêtre chargé du culte d'Apollon Thymbréen à Troie. Il irrita le dieu en se mariant, en cachant son épouse dans l'enceinte du temple à l'insu de ses concitoyens, en ayant des enfants (deux garçons) malgré le vœu de célibat qu'il avait fait et, chose plus grave encore, en s'unissant à sa femme devant la statue du dieu.

Pendant la Guerre de Troie, les Grecs, lassés de ce siège interminable, et sur les conseils d'Ulysse, imaginèrent une ruse. Ils construisent un énorme cheval en bois, dans lequel ils cachent des guerriers, au nombre desquels se trouvent notamment Ulysse, Ménélas et Néoptolème. Puis les Achéens brûlent leur camp, embarquent sur leurs navires et dissimulent leur flotte plus loin, derrière l'île de Ténédos.

En présence du cheval, les Troyens sont d'abord désemparés, les avis divergeant sur le sort qu'on doit lui réserver. Avertis qu'il s'agit d'un présent pour la déesse Athéna, les uns veulent le faire entrer dans la ville, les autres, menés d'abord par Thymétès, prônent la méfiance. Survient alors Laocoon qui exhorte ses compatriotes à se débarrasser du cheval, prononçant la formule célèbre :

« Timeo Danaos et dona ferentes. » (« Je crains les Grecs, même lorsqu'ils font des cadeaux »).

— Virgile, Énéide

Dans une version, Laocoon aurait frappé de sa lance le cheval de bois offert par les Grecs à Athéna. C'est du moins ce que les spectateurs virent, ne connaissant pas la vie secrète de leur prêtre.

Apollon, qui n'avait pas oublié l'injure, envoya deux monstrueux serpents qui sortirent de la mer, s'enroulèrent autour de Laocoon et de ses deux fils et les étouffèrent.

Les Troyens, ignorant la véritable raison de la colère d'Apollon, crurent que les dieux voulaient leur faire comprendre de laisser entrer le cheval : ils firent une brèche dans les murailles de la ville afin de permettre le passage du funeste présent.

La copie du Laocoon qui se trouve Salle des Pas Perdus, ainsi que le groupe en bronze Le galate vaincu, proviennent du dépôt de Marly d'où ils avaient été apportés au Palais Bourbon vers la fin de l'an III et déposés provisoirement dans la cour du côté de la Seine. Le Laocoon se prête, comme le remarquait un chroniqueur facétieux sous la Monarchie de Juillet, à toutes les interprétations : « pour les uns, les serpents qui enlacent le malheureux père et ses enfants, figurent l'opposition tourmentant le pouvoir et le poursuivant de son venin ; pour les autres c'est la Constitution se débattant sous les contraintes du pouvoir... ». 


Laocoon et ses fils. Entre 160 et 20 avant notre ère. Musée Pio-Clementino du Vatican
Venons-en à l'original du Laocoon, ce groupe de marbre blanc de 1m de base et de 2 m de haut, d'un seul bloc, fut découvert en 1506 à Rome sur la colline de l'Esquilin dans la Domus Aurea de Neron. L'oeuvre fut tout de suite identifiée comme étant celle dont parlait avec admiration Pline l'Ancien dans son « Histoire Naturelle » et qui se trouvait dans le palais de l'Empereur Titus. De facture hellénistique, il serait l'oeuvre, au Ier siècle av.J.C de 3 sculpteurs rhodiens.

Sur les conseils de Michel Ange, il fut acheté par le Pape Jules II qui le plaça dans la cour de l'octogone du Vatican, où il se trouve toujours. Mais le bras levé de Laocoon manquait et il lui fut ajouté un bras étendu, d'abord en terre cuite, puis en marbre, et ceci jusqu'à la découverte, en 1905, du bras originel non étendu mais plié derrière la tête. Ce n'est qu'en 1960 qu'on monta ce vestige sur l'original.

lundi 11 juin 2018

« Salle des Pas Perdus », quelle est l’origine de cette expression ?

Honoré Daumier - Les gens de justice

Selon le Littré, la définition exacte est celle « d’un large vestibule s’ouvrant sur divers bureaux et autres salles d’un bâtiment ouvert au public. »

Le terme de « la salle des pas perdus » s’applique par conséquent à toute salle d’attente vaste, claire, ouverte à tous. Son utilisation s’est toutefois concentrée sur les bâtiments administratifs, et plus particulièrement sur les tribunaux. C’est en effet la salle (le hall, devrais-je dire) qui se trouve à l’entrée des salles d’audience.

On pourrait penser que le nom vienne du fait que, en tournant en rond, on y perd ses pas, d’où le terme de « pas » qui seraient « perdus ».

Pourtant, l’origine de cette expression est beaucoup plus intéressante.

C’est sous le règne de Louis XVIII que l’expression « la salle des pas perdus » prend son origine. À cette époque, le contexte politique français est trouble. Après un premier exil, Napoléon retrouve son nom d’empereur (c’est l’épisode des cent jours). En 1815, après la défaite de Waterloo, arrive la seconde restauration et Louis XVIII reprend le trône.

Le retour de Louis XVIII s’accompagne de l’élection, au mois d’août 1815 d’une Chambre des députés. Le suffrage censitaire pousse la noblesse et la bourgeoisie à élire des députés qu’ils pensent être les défenseurs de la France, de la Restauration et de leurs intérêts. C’est une Chambre ultra royaliste aux fortes convictions anti-révolutionnaires qui est élue.

Ainsi, sur les 400 députés de la Chambre, ce sont 350 ultraroyalistes qui sont élus.  Le roi ne pensait pas pouvoir rêver mieux et la nomme « Chambre introuvable ». Louis XVIII signifie par cette expression que, même en nommant lui-même ses membres, il n’aurait trouvé une chambre aussi royaliste.

Mais cette chambre devient rapidement « plus royaliste que le roi », et s’oppose aux idées progressistes de Louis XVIII et de son gouvernement mené par le Duc de Richelieu. Elle est dissoute par le gouvernement un an après son arrivée aux affaires.

Au cours de la nouvelle élection certains députés ne sont pas réélus, ce sont les « perdus », tandis que les députés réélus sont nommés les « pas-perdus ».

Au Palais Bourbon, lieu où se tient la Chambre, ceux-ci se réunissent dans une salle qui prend naturellement le nom de salle « des pas-perdus ».

C’est ainsi qu’est née cette expression !

[source]

vendredi 8 juin 2018

La Salle des Pas Perdus

Reprenons, pour évoquer cette salle, le commentaire contenu dans le Guide du visiteur du Palais Bourbon (1949) :

Entrons maintenant dans la vaste Salle des Pas Perdus, longue de 20 mètres, large de 11, toute revêtue de stuc jaune imitant le marbre de Sienne. " Ce vestibule est désigné sous le nom de Salon de la Paix (qu'il portait déjà au temps du Conseil des Cinq-Cents), sans doute, prétendait un chroniqueur de l'Illustration (25 décembre 1847), par opposition avec la salle à laquelle il mène, et où règne une dispute continuelle... ". 

Son plafond élevé et ses voussures portent d'assez médiocres peintures d'Horace Vernet ; le motif central figure la Paix. Elle est figurée par une jeune femme assise sur des nuées et tenant des fleurs dans sa main droite levée ; un lion est couché à ses côtés ; des attributs pacifiques l'entourent. Deux sujets encadrent ce tableau principal ; on voit, à gauche, le Génie de la vapeur sur terre : une locomotive à haute cheminée qui va passer sous une voûte ; le peintre, jugeant peu noble de figurer un mécanicien en casquette et tenue de chauffe, a préféré le représenter tout nu. A droite, le Génie de la vapeur sur mer, à l'avant d'un bateau, met en fuite des divinités marines, des poissons et des oiseaux. 

Une grande frise règne tout autour de la salle : des terrasses du Palais Bourbon, ceintes d'un balcon doré, d'un côté les pairs et la magistrature, de l'autre les membres du Corps Diplomatique et de l'Université, regardent défiler le cortège, visible pour eux seuls, de Louis-Philippe venant faire l'ouverture des Chambres. Les détails de toutes ces peintures sont intéressants, mais l'ensemble est d'un goût contestable. Sur des piédestaux de marbre, placés aux extrémités, reposent, depuis 1820, les groupes en bronze Le galate vaincu (ce couple Gaulois qui se donna la mort pour ne pas tomber au pouvoir des Romains) et de Laocoon, fondus par Keller.

Elles provenaient du dépôt de Marly d'où elle avait été apportées au Palais Bourbon vers la fin de l'an III et déposées provisoirement dans la cour du côté de la Seine. Le Laocoon se prête, comme le remarquait un chroniqueur facétieux sous la Monarchie de Juillet, à toutes les interprétations : " pour les uns, les serpents qui enlacent le malheureux père et ses enfants, figure l'opposition tourmentant le pouvoir et le poursuivant de son venin ; pour les autres c'est la Constitution se débattant sous les contraintes du pouvoir... ". 

Au milieu du grand mur, entre deux portes-tambours qui remontent à 1837, est adossé un moulage de la Minerve antique de Velletri. Cette statue a remplacé le buste de Mirabeau, qui donnait jadis son nom à cette salle.

[Extrait du Guide du visiteur du Palais Bourbon (1949)] 




mercredi 6 juin 2018

La haie d'honneur au passage du Président


A chaque ouverture de la séance de l'après-midi, un cérémonial usité depuis Louis-Philippe, se déroule dans la Salle des Pas-Perdus. Venant de l'Hôtel de Lassay, plus précisément du Bureau du Départ, le Président, précédé de deux huissiers et suivi des secrétaires, entouré de deux officiers, sabre au clair, traverse la Galerie des Fêtes, la Rotonde et la Salle des Pas-Perdus, au milieu des troupes formant la haie, tandis que les tambours battent aux champs, pour se rendre directement dans la salle des Séances. Il emprunte alors la porte qui se trouve près de la statue de Pallas Athéna.

Ce cérémonial, hautement symbolique, et dont l’origine remonte à la Révolution, est là pour exprimer la subordination du pouvoir militaire au pouvoir civil.