Affichage des articles dont le libellé est histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est histoire. Afficher tous les articles

vendredi 31 janvier 2020

1793 : Lanjuinais à la Tribune de la Convention

Lanjuinais à la Tribune de la Convention par Charles Louis Lucien Muller 1868-69 - Salon Mazeppa

La scène peinte par Charles Louis Lucien Muller se déroule dans la nuit du 1er au 2 juin 1793, on y voit un homme, Jean Denis Lanjuinais, à la tribune, menacé par une foule hostile, foule armée de pistolets, bâtons et de différents équipements utilisés comme armes.

Replaçons la scène dans son contexte, dans la nuit du 1er au 2 juin 1793, le tocsin, la générale et le canon d'alarme se firent entendre dans Paris. La Convention fut envahie par les hommes du comité insurrectionnel. Au milieu du tumulte, Lanjuinais s'élança à la tribune et eut de violentes altercations avec plusieurs Montagnards (à coups de poing et à coups de pistolets), qu'il accuse d'aspirer à la tyrannie :

« Non, Paris est pur, Paris est bon, Paris est opprimé par des tyrans qui veulent du sang et de la domination. »

Attaqué par de nombreux députés, il ne peut conserver la parole. Dénoncé de nouveau par une députation des autorités municipales, il refusa de se démettre de son mandat, à l'exemple d'Isnard, de Lanthenas, de Fauchet.

« N'attendez de moi, dit-il, ni suspension, ni démission. »

Moins d'un an avant, le 5 septembre 1792, Lanjuinais avait été élu député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale, il y siège dans le camp des Girondins tout en partageant certaines vues de la Plaine. Élu député, il luttera avec ardeur contre les Montagnards. À la Convention, il ne cessa d'opiner avec la droite mais ce fut surtout à l'occasion du procès de Louis XVI qu'il manifesta ses sentiments contre-révolutionnaires.

Après cette nuit du 1er au 2 juin 1793, son arrestation, et celle des autres chefs de la Gironde, fut décrétée. Le lendemain il adressait une pétition à la Convention pour être immédiatement jugé. Gardé à vue chez lui par un gendarme, il publia un récit de l'insurrection des trois jours, reçut les félicitations de ses amis de Rennes et de Saint-Malo, et finit par s'évader. Traqué, contraint à se cacher, il sera enfin rendu à la liberté quelques mois après le coup d'État du 9 thermidor (26 juillet 1794) avec la chute de Robespierre.

Il poursuit alors sa carrière politique, il parvient à se faire élire président de la Convention en juin 1795. Républicain modéré et libéral, Lanjuinais est aussi l'un des rédacteurs de la Constitution de l'an III qui répond à une partie de ses vues. 

Par la suite il sera « député » au Conseil des Anciens sous le Directoire, sénateur du Premier Empire et membre de la Chambre des pairs sous la Restauration jusqu'à sa mort à 73 ans, le 13 janvier 1827. Son fils Paul Eugène Lanjuinais fut admis par droit héréditaire, le 6 mars 1827, à siéger dans la Chambre des pairs en remplacement de son père.

Source [1]

dimanche 26 janvier 2020

Le palais Bourbon pendant l'Occupation

Propagande allemande sur la façade du palais Bourbon (« L'Allemagne vainc sur tous les fronts »)

En juin 1940, les troupes allemandes investissent le palais déserté (les parlementaires sont alors réfugiés à Bordeaux). Les bâtiments offrant de nombreux bureaux vides et un quadrilatère assez facile à protéger, ils vont y installer une partie de l'administration du Gross Paris dans un Paris sous occupation allemande, une partie de l'état-major de la Luftwaffe et du service à la question juive.

Trois événements marqueront, par ailleurs, l’occupation de la Chambre des députés.

Le premier est la retransmission radiodiffusée d’un discours d’Adolf Hitler devant le Reichstag le 19 juillet 1940. Pour l’occasion, l’hémicycle est pavoisé aux couleurs du IIIème Reich et un buste en bronze d’Adolf Hitler est posé sur la tribune. Cette cérémonie se renouvela le 9 novembre et 10 décembre 1940. En tout, la salle des séances a été utilisée 17 fois par les allemands, essentiellement pour des discours et même pour une séance de cinéma réservée aux officiers supérieurs allemands.
Retransmission radiodiffusée d’un discours d’Adolf Hitler
Le deuxième est le tournage en septembre 1942 du film de propagande  « Les Forces occultes » par Paul Riche. Ce dernier, critique cinématographique au « Pilori », y dénonçait la supposée emprise de la franc-maçonnerie sur la vie parlementaire de l’entre-deux-guerres.
Affiche du film
Le troisième est le procès de 7 jeunes résistants communistes qui s’est tenu dans la Galerie des fêtes, qui relie le palais Bourbon à l’hôtel de Lassay, les 4, 5 et 6 mars 1942. Ce procès est particulièrement notable car il s’agit de l’un des trois seuls procès publics qui s’est tenu, durant l’Occupation, avec celui de la Maison de la Chimie d’avril 1942 et de l’Affiche Rouge de février 1944. Les autres procès ne faisaient en effet l’objet d’aucune publicité, seules certaines exécutions étaient annoncées après coup. A la suite de ce procès, Tony Bloncourt, Roger Hanlet, Pierre Milan, Roger Peltier, Christian Rizo, Acher Semahya et Fernand Zalkinov, seront exécutés le 9 mars 1942 au Mont Valérien.
Plaque posée en hommage aux fusillés du procès du Palais Bourbon

Le 25 août 1944, Philippe de Gaulle, âgé de 23 ans, est chargé de porter l'ordre de reddition à la garnison allemande qui occupait encore le palais Bourbon.

Sources [1,2]

samedi 7 décembre 2019

Le Galate vaincu

Les galates, gallis pour les romains, sont des celtes appelés ainsi en Asie Mineure pour leur peau blanche et laiteuse. Ces celtes, menés par leur chef Brenn descendirent vers la Grèce où ils pillèrent Delphes en 270 av.J.C. Un groupe poussa jusqu’en Asie Mineure (Turquie actuelle) et servit comme mercenaires en Bithinie. En 237 av.J.C. Attale Ier bat les galates, arrêtant ainsi leurs incursions et pillages. Ils forment alors un petit royaume en Anatolie, la Galatie qui sera conquise par les romains en 189 av.J.C.

Le Galate vaincu de la Salles des Pas Perdus

L'oeuvre « Le galate vaincu » nous montre un guerrier gaulois nu, tel que les auteurs romains décrivent les combattants du premier rang, sans aucun vêtement ou protection, alors qu’ils possédaient boucliers et cottes de maille. Son visage, à la moustache tombante, signe caractéristique des celtes, est tourné de côté, certainement vers l’ennemi. Il se plonge une épée courte (non caractéristique des celtes ou gaulois) sous la clavicule pour atteindre le cœur. La pointe du glaive est enfoncée dans la chair et un flot de sang s’en échappe.

De l’autre main il soutient sa femme, qui, à genoux, sa tête bouclée affalée vers la terre, est morte ou mourante. Son riche vêtement indique son rang élevé de femme de chef ce qui lui interdisait la honte de tomber vivante aux mains de l’ennemi et de subir l’esclavage, destin habituel des vaincus.

Ce groupe est une copie en bronze d'un modèle romain sculpté dans un bloc de marbre de 2m de haut. Le modèle romain est lui-même une copie d’un original hellénistique en bronze, commandé par Attèle Ier de Pergame pour commémorer sa victoire sur les galates au IIIème siècle av.J.C.

Le Galate vaincu du Palais Altemps de Rome

La copie romaine serait l’œuvre d’un certain Epigone et fut découverte lors de la construction au XVIIème siècle de la villa Ludovisi. Cette oeuvre est visible au palais Altemps de Rome. 

Source [1]

mardi 8 janvier 2019

Duel entre parlementaires

Duel entre les deux parlementaires dans le jardin d'une résidence privée de Neuilly-sur-Seine

Le duel : un cérémonial très codifié

Un honneur bafoué, un mot maladroit, une calomnie : jadis tout était bon pour se battre en duel. Un phénomène particulièrement français mais que l'on rencontre ailleurs, en Europe, et outre-atlantique. La coutume du duel remonte au Moyen-Âge: on pratique les duels judiciaires que l'on nomme aussi «gage de bataille». L'affrontement est arbitré par Dieu : on parle alors de droit divin.

Au tournant du XVIe siècle apparaît le duel du point d'honneur. C'est l'apanage des nobles. La pratique du duel se généralise. Devant le nombre considérable de victimes, tous les rois de France essaient de l'interdire, sans succès.

Duel à mort, duel au premier sang

La révolution va changer les choses : tous les édits royaux punissant les duellistes sont supprimés. Le duel se codifie: L'essai sur le duel (1836) du comte de Chatauvillard devient la référence. On y apprend toutes les règles détaillées: comment choisir l'arme, le lieu, la date, le nombre de témoins. Il y a deux possibilités, soit le duel à mort, soit le duel au premier sang. Un procès verbal est établi pour attester la régularité. C'est l'âge d'or des duels. Hommes politiques, militaires, journalistes, dramaturges vont se battre pour n'importe quel prétexte. Chaque débat houleux à l'Assemblée se termine en duel : Clemenceau en est l'exemple parfait. Grand duelliste, il se bat une douzaine de fois et est maintes fois témoin. La guerre de 1914 met fin à l'épopée du duel, temporairement comme nous allons le voir.

Un lieu marqué par des duels

Si le Palais Bourbon est aujourd'hui un lieu où se déroulent des joutes oratoires, son histoire fut également marquée par des duels mettant plus gravement en péril l'intégrité physique de ses protagonistes. En effet, l'Hôtel de Lassay et le Palais Bourbon ont été édifiés au début du 18ème siècle à l'emplacement d'un lieu mal famé, le Pré aux Clercs, l’endroit où les étudiants allaient vider leurs querelles d’honneur en se battant en duel. C'est peut-être par atavisme que, près de 250 ans plus tard, deux parlementaires vont remettre au goût du jour cette coutume d'un autre temps.

« Taisez-vous, abruti ! »

Il n’y a pas toujours eu la télé et les réseaux sociaux. Cinquante ans avant les clashs sur le petit écran ou la toile, les hommes politiques n’étaient pas avares de petites phrases assassines et d’injures qui claquent. La preuve, ce vendredi 21 avril 1967. 

Après trois jours de débat sur la politique du gouvernement, les esprits s’échauffent. Ce jeudi-là, le Premier ministre Georges Pompidou répond du haut de la tribune de l’Assemblée nationale dans une ambiance tumultueuse. François Mitterrand l’interrompt, provoquant un chahut dans l’hémicycle au sein de la majorité. Parmi les plus virulents, le gaulliste René Ribière, député d’Enghien-Montmorency (Val-d’Oise). «Taisez-vous, abruti !» explose Gaston Defferre, le maire de Marseille, président du groupe socialiste. 

Un peu plus tard, la séance est enfin close mais pas l’incident. Ribière rejoint dans la salle des Quatre-Colonnes Defferre, qui maintient son propos. «Je vous en demanderai réparation», défie l’offensé qui envoie dans la foulée ses deux témoins annoncer le choix des armes à l’offenseur. Ce sera l’épée. «Je veux faire ça très vite, demain matin, car je dois être l’après-midi à Marseille», réplique Defferre, qui qualifie l’affaire de « grotesque et ridicule ». Et promet de le toucher aux testicules pour le rendre «inapte» à son mariage... prévu le lendemain.

Cette « mascarade », comme l’écrivit un journaliste, ne fut pas du goût du général de Gaulle, qui, agacé, s’en mêle. Jacques Chaban-Delmas, le président de l’Assemblée, reçoit tour à tour les témoins des deux parties pour tenter de les dissuader. En vain. Rendez-vous est donc pris en toute illégalité pour le lendemain, à l’aube, dans un lieu tenu secret. Depuis Richelieu en effet, les duels sont formellement interdits. A défaut d’habits de protection, les duellistes seront-ils au moins couverts par l’immunité parlementaire ? «Les auteurs sont rarement poursuivis lorsque le duel n’est pas suivi de mort», commente le jour même un avocat à la radio.

Quelques gouttes de sang

Après une course folle pour semer les journalistes et éviter la police, les deux parlementaires et leurs témoins parviennent à rejoindre une résidence privée de Neuilly-sur-Seine. Trois assauts et deux estafilades plus tard, l’arbitre Jean de Lipkowski, un gaulliste de gauche, arrête le combat, Ribière a deux blessures sans gravité. Le député valdoisien n’avait, semble-t-il, jamais touché à une épée et le fait que l’un de ses grands-pères se soit battu en duel en 1910 ne lui fut pas d’un grand secours. Il n’en a pas été de même pour son adversaire des Bouches-du-Rhône, vieux briscard habitué à en découdre, qui s’était déjà mesuré au radical Paul Bastid, vingt ans plus tôt au pistolet.

Si la police l’ignora, du moins officiellement, des journalistes assistèrent à l’événement. Le duel a même été filmé comme en témoigne cette vidéo.


Plus tard, chaque fois que lui fut donnée l’occasion d’évoquer cette rencontre, le facétieux Defferre ne manquait pas de rappeler qu’il avait visé l’entrejambe de son adversaire pour lui gâcher sa nuit de noces, celui-ci se mariant le lendemain.

Les quelques gouttes de sang versées par le député gaulliste ont donc été les dernières à l’être durant un duel en France. Le précédent avait eu lieu neuf ans plus tôt, le 30 mars 1958 près de Vernon (Eure). Il mettait aux prises, pour un différend artistique, le danseur Serge Lifar, 53 ans, et le marquis de Cuevas, 72 ans. Ce dernier avait d'ailleurs pour témoin un certain Jean-Marie Le Pen.

[sources 1, 2, 3, 4]

jeudi 20 décembre 2018

Le Codex Borbonicus

La page 13 du Codex Borbonicus représente la 13e trecena (période de 13 jours) du calendrier aztèque, qui était placée sous les auspices de la déesse Tlazolteotl. Celle-ci apparaît en haut à gauche, donnant naissance à Cinteotl. La lecture se fait de bas en haut et de gauche à droite. Les cases sont numérotées de 1 à 13. Le premier jour de la treizaine est 1-Tremblement (1-Ollin), suivi de 2-Silex, 3-Pluie, etc. jusqu'à 13-Eau.


Un cahier formé de pages manuscrites reliées ensemble en forme de livre

Un codex (pluriel : codices) est un cahier formé de pages manuscrites reliées ensemble en forme de livre. Cet ancêtre du livre moderne a été inventé à Rome durant le IIe siècle av. J.-C. et s'est répandu à partir du Ier siècle, pour progressivement remplacer le rouleau de papyrus grâce à son faible encombrement, son coût modéré, sa maniabilité et la possibilité qu'il offre d'accéder directement à n'importe quelle partie du texte.

Il tient son nom du Palais Bourbon

Le Codex Borbonicus est un codex indigène du Mexique central, ouvrage rituel aztèque réalisé dans les années 1510, l'un des plus importants connus. Le document est-il antérieur à l’arrivée des Espagnols ? Ou fut-il créé plus tard, sur commande ou sous l’influence des Européens ? L'énigme demeure. Il est ainsi impossible d'affirmer avec certitude s'il s'agit d'un codex préhispanique ou colonial. Il tient son nom du Palais Bourbon où il est conservé dans les collections de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Le Codex Borbonicus est l’un des trésors de la République. Il figure parmi les six écrits en possession de l’Assemblée nationale, interdits de sortie du territoire depuis les années 1960. 

Provenance inconnue

Ce manuscrit nahuatl, dont deux pages sont manquantes, acheté en 1826 par le Palais-Bourbon au cours d’une vente publique, est de provenance inconnue. Il aurait été volé en Espagne, dans la bibliothèque de l’Escurial, soit au moment de l’occupation de l’Espagne par les troupes napoléoniennes en 1808, soit lors de l’expédition française dans ce pays en 1823, sous Louis XVIII.

Bijou de l’art aztèque

Avec ses 14 mètres de long, ses trente-six feuillets au format carré de 39 centimètres de côté pliés en accordéon, il décrit dans les moindres détails les ­calendriers « divinatoire » et « solaire » employés par les Aztèques, avant la conquête de leur empire par Hernan Cortès, en 1519. D’une page à l’autre, on y découvre, à travers des scènes colorées figurant des centaines de personnages et d’animaux, les divinités, les mythes et les fêtes religieuses, souvent sanglantes, de ce peuple ­méso-américain qui occupa le plateau du Mexique de 1325 à 1521.

Les Aztèques utilisaient simultanément deux calendriers : l’un divinatoire de 260 jours et l’autre solaire de 365. Le premier, le Tonalpohualli, ou « compte des jours », comportait 20 « semaines » de 13 jours. Et le ­second, le Xiuhpohualli, ou « compte des années », 18 « mois » de vingt jours auxquels s’ajoutaient cinq jours supplémentaires où « il ne se passait rien ». Une fois tous les 52 ans, une Fête du feu nouveau venait célébrer la ligature de ces deux calendriers.

Le Codex Borbonicus peut ainsi être décomposé en quatre sections : un Tonalpohualli, un cycle de 52 ans, un Xiuhpohualli et un second cycle de 52 ans suivi d’une cérémonie du Feu nouveau.Quand a-t-il été conçu ? Pour les premiers américanistes à l’avoir étudié, il ne faisait aucun doute qu’il était antérieur à la conquête de l’Empire aztèque par les Espagnols. Mais, remarquant qu’aucun des codex reconnus comme précolombiens ne représente un « cycle de 52 ans », un « Xiuhpohualli » et une « cérémonie du Feu nouveau », des spécialistes ont, depuis, affirmé qu’il a été élaboré dans les toutes premières années ayant suivi l’entrée de Cortès à Mexico-Tenochtitlan, le 8 novembre 1519.

[sources 1, 2, 3, 4, 5, 6]



lundi 8 octobre 2018

Les congés payés

Hervé di Rosa - série « l'histoire en peinture de l'Assemblée nationale »

Avant 1936, seuls  des fonctionnaires de l'État, des salariés de certaines entreprises de service public (électricité, gaz, transport...) et quelques métiers très qualifiés bénéficient de congés payés par l'employeur. La plupart des ouvriers, payés à l'heure tous les quinze jours, ne se reposent que le dimanche. Lorsqu'ils ne travaillent pas, ils ne sont pas rémunérés.

En juin 1936, le Front Populaire généralise les congés payés en France. La loi est votée à l'unanimité par les députés le 11 juin 1936 et promulguée le 20 juin 1936. Elle prescrit un minimum de deux semaines de congés par an pour tous les salariés français liés à leur employeur par un contrat de travail.

[source]

lundi 6 août 2018

Olympe de Gouges - Une féministe avant l'heure


Jeanne Spehar et Fabrice Gloux - Olympe de Gouges

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune », c’est ce qu’écrivit Olympe de Gouges dans l’article 10 de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. La guillotine est pourtant le sort qui l’attend, sans jamais être montée à la tribune de l’Assemblée.

Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, née à Montauban le 7 mai 1748 et morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, est une femme de lettres française, devenue femme politique. La belle Olympe de Gouges est l’une des premières féministes de l’histoire, à une époque où cette audace mène à l’échafaud, en passant par le ridicule et tous les quolibets du machisme populaire. Elle défend aussi les droits des autres minorités opprimées, noirs, esclaves. En 2014, elle a raté de peu l’entrée au Panthéon. C'est l’année suivante qu'elle a pris place dans la salle des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale. Elle est la première femme à entrer dans ce panthéon des grandes figures politiques qui ont construit la France.

Née dans une famille modeste, la jeune Marie Gouze est veuve à 18 ans et choisit de le rester pour conserver sa liberté. « Montée » à Paris, elle se battra toute sa vie pour l'abolition de toute forme de soumission. Elle plaide pour l'instauration du divorce d'un commun accord et d'un impôt patriotique, les droits des ouvriers au chômage ou encore l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort. Révolutionnaire dans l'âme, elle embrasse les thèses égalitaristes. En 1791, elle publie la fameuse Déclaration pour les droits des femmes.

Mais son engagement jusqu'au-boutiste lui coûte la vie puisqu'elle est guillotinée en 1793 pour s'être opposée à Robespierre, alors chef des révolutionnaires, et avoir dénoncé le massacre de personnes emprisonnées en septembre 1792.

[voir plus sur Wikipédia...]


samedi 28 juillet 2018

Pourquoi ce velours vert dans l'hémicycle ?


Les travaux qui donnèrent au Palais Bourbon sa forme actuelle commencèrent sous le règne de Charles X, dernier roi de France, en 1827 pour se terminer en 1832, sous le règne de Louis Philippe 1er, roi des Français, dernier roi en France. Si le changement de régime qu’entraînèrent les « Trois glorieuses » en juillet 1830 n’eut guère d’influence sur la conduite et la poursuite des travaux, il n’en fut pas de même pour le système de décor des nouvelles constructions. La salle des séances devait, dès l’origine, être décorée de trois grands tableaux, de trois bas-reliefs, de deux grandes et quatre petites statues sur le mur dossier, de figures allégoriques peintes sur la voussure et la voûte du plafond et sur l’arc doubleau. Ce programme, élaboré sous Charles X, reposait sur un des principes de la monarchie de droit divin. Un dessin, signé de Jules de Joly en 1828, nous indique que le projet s’articulait autour de trois tableaux : celui placé derrière le président rappelait le roi donnant la charte, celui à sa droite représentait le sacre de Charles X et celui à sa gauche illustrait le triomphe du duc d’Angoulême. Ce triptyque traduisait, en outre, la pérennité de l’institution monarchique.

Les « Trois glorieuses » avaient appelé un homme - Louis Philippe 1er - dont le pouvoir devait trouver sa légitimité dans sa parenté avec l’ancienne branche régnante, dans sa participation aux victoires révolutionnaires et dans son acceptation du drapeau tricolore. Le fondement du régime avait changé ; l’inspiration du système de décor devait être modifiée. Même si, à cette époque, la construction n’était pas terminée, il était inconcevable de remodeler l’appareil architectural.

Le sujet en fut défini par le ministre de l'intérieur, Guizot, il convenait de rattacher le nouveau régime à l’histoire de France. Le lendemain de l’investiture du roi, Le Journal des débats proclamait : « 1830 vient de couronner 1789 ». De droit divin, la monarchie devenait constitutionnelle. Louis-Philippe était roi des Français « par la grâce de Dieu et la volonté nationale ». Devant les députés et les pairs réunis, il avait prêté serment « de ne gouverner que par les lois et selon les lois ». Guizot pensait à « notre histoire législative pendant la Révolution française. C’est là que les députés doivent chercher des exemples et la France, qui se presse pour les écouter, des motifs d’attachement aux institutions constitutionnelles. »

Le 25 octobre 1830, Guizot, organise un concours pour l'exécution de trois tableaux destinés à décorer la Salle des séances de la Chambre des Députés. Au centre devait figurer Louis-Philippe prêtant serment à la Charte constitutionnelle le 9 août 1830, et, de chaque côté, La séance de l'Assemblée constituante le 23 juin 1789 au moment où Mirabeau répond au Maître des cérémonies qui prie l'Assemblée de se séparer : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par l'ordre du peuple et nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes », et Boissy d’Anglas, président de la Convention nationale, saluant la tête du député Féraud que les révoltés du 1er prairial an III [mai 1795] lui présentent en le menaçant. Ces trois tableaux, qui devaient être placés derrière le bureau du président, c'est-à-dire face aux députés, devaient être une leçon pour les représentants du peuple. Faire figurer Louis-Philippe, accomplissant l'acte fondateur du régime de Juillet, entre Mirabeau et Boissy d'Anglas était faire du roi des Français l'héritier de la Révolution. D'autre part, ces deux événements de la Révolution française symbolisaient les pouvoirs et les devoirs des députés. Ils devaient montrer, selon Guizot, la résistance au despotisme [Mirabeau] et la résistance à la sédition [Boissy d'Anglas] qui déterminent les limites et les devoirs d'un député.

Pour le premier tableau, le peintre Coutan l’emporta. Pour le deuxième, l’esquisse présentée par Hesse fut retenue. Enfin, Vinchon fut choisi pour le troisième tableau. La référence à la période révolutionnaire parut sans doute à certains un peu trop oppressante, car, dès 1831, commande fut directement passée à Delaroche d’un tableau représentant le président Molé devant les barricades au moment de la Fronde et à Scheffer d’un autre illustrant l’affranchissement des communes par Louis VI, destinés à être placés sur les côtés en retour.

Eugène Devéria - Le roi prête serment de maintenir la Charte de 1830, le 9 août 1830
Un seul de ces cinq tableaux, Le serment du roi, sera placé… en 1837, terminé par un autre peintre que Coutan, décédé quelques mois plus tôt. Les questeurs avaient pourtant sollicité de façon itérative tous les ministres de l’Intérieur pour presser les artistes. Delaroche, débordé de travail à la Madeleine, avait depuis longtemps renoncé à la commande. Scheffer avait à peine esquissé sa toile. Hesse, malade, n’avait pas encore terminé. Seul, Vinchon avait livré son travail, mais on se demandait si une tête au bout d’une pique avait bien sa place dans l’hémicycle. On avait donc pris la décision de n’accrocher que Le serment du roi et de remplacer les quatre autres tableaux par des tentures en velours de soie verte ornées de broderie d’or. D’ailleurs, dès le mois d’août 1832, en prévision de l’inauguration de la salle, de semblables tapisseries avaient été louées pour 900 francs par an. Elles sont encore en place aujourd’hui !

samedi 7 juillet 2018

Le Laocoon

Laocoon et ses fils. Fondu par Keller (1687)
Selon Robert Graves, Laocoon était un prêtre chargé du culte d'Apollon Thymbréen à Troie. Il irrita le dieu en se mariant, en cachant son épouse dans l'enceinte du temple à l'insu de ses concitoyens, en ayant des enfants (deux garçons) malgré le vœu de célibat qu'il avait fait et, chose plus grave encore, en s'unissant à sa femme devant la statue du dieu.

Pendant la Guerre de Troie, les Grecs, lassés de ce siège interminable, et sur les conseils d'Ulysse, imaginèrent une ruse. Ils construisent un énorme cheval en bois, dans lequel ils cachent des guerriers, au nombre desquels se trouvent notamment Ulysse, Ménélas et Néoptolème. Puis les Achéens brûlent leur camp, embarquent sur leurs navires et dissimulent leur flotte plus loin, derrière l'île de Ténédos.

En présence du cheval, les Troyens sont d'abord désemparés, les avis divergeant sur le sort qu'on doit lui réserver. Avertis qu'il s'agit d'un présent pour la déesse Athéna, les uns veulent le faire entrer dans la ville, les autres, menés d'abord par Thymétès, prônent la méfiance. Survient alors Laocoon qui exhorte ses compatriotes à se débarrasser du cheval, prononçant la formule célèbre :

« Timeo Danaos et dona ferentes. » (« Je crains les Grecs, même lorsqu'ils font des cadeaux »).

— Virgile, Énéide

Dans une version, Laocoon aurait frappé de sa lance le cheval de bois offert par les Grecs à Athéna. C'est du moins ce que les spectateurs virent, ne connaissant pas la vie secrète de leur prêtre.

Apollon, qui n'avait pas oublié l'injure, envoya deux monstrueux serpents qui sortirent de la mer, s'enroulèrent autour de Laocoon et de ses deux fils et les étouffèrent.

Les Troyens, ignorant la véritable raison de la colère d'Apollon, crurent que les dieux voulaient leur faire comprendre de laisser entrer le cheval : ils firent une brèche dans les murailles de la ville afin de permettre le passage du funeste présent.

La copie du Laocoon qui se trouve Salle des Pas Perdus, ainsi que le groupe en bronze Le galate vaincu, proviennent du dépôt de Marly d'où ils avaient été apportés au Palais Bourbon vers la fin de l'an III et déposés provisoirement dans la cour du côté de la Seine. Le Laocoon se prête, comme le remarquait un chroniqueur facétieux sous la Monarchie de Juillet, à toutes les interprétations : « pour les uns, les serpents qui enlacent le malheureux père et ses enfants, figurent l'opposition tourmentant le pouvoir et le poursuivant de son venin ; pour les autres c'est la Constitution se débattant sous les contraintes du pouvoir... ». 


Laocoon et ses fils. Entre 160 et 20 avant notre ère. Musée Pio-Clementino du Vatican
Venons-en à l'original du Laocoon, ce groupe de marbre blanc de 1m de base et de 2 m de haut, d'un seul bloc, fut découvert en 1506 à Rome sur la colline de l'Esquilin dans la Domus Aurea de Neron. L'oeuvre fut tout de suite identifiée comme étant celle dont parlait avec admiration Pline l'Ancien dans son « Histoire Naturelle » et qui se trouvait dans le palais de l'Empereur Titus. De facture hellénistique, il serait l'oeuvre, au Ier siècle av.J.C de 3 sculpteurs rhodiens.

Sur les conseils de Michel Ange, il fut acheté par le Pape Jules II qui le plaça dans la cour de l'octogone du Vatican, où il se trouve toujours. Mais le bras levé de Laocoon manquait et il lui fut ajouté un bras étendu, d'abord en terre cuite, puis en marbre, et ceci jusqu'à la découverte, en 1905, du bras originel non étendu mais plié derrière la tête. Ce n'est qu'en 1960 qu'on monta ce vestige sur l'original.

lundi 11 juin 2018

« Salle des Pas Perdus », quelle est l’origine de cette expression ?

Honoré Daumier - Les gens de justice

Selon le Littré, la définition exacte est celle « d’un large vestibule s’ouvrant sur divers bureaux et autres salles d’un bâtiment ouvert au public. »

Le terme de « la salle des pas perdus » s’applique par conséquent à toute salle d’attente vaste, claire, ouverte à tous. Son utilisation s’est toutefois concentrée sur les bâtiments administratifs, et plus particulièrement sur les tribunaux. C’est en effet la salle (le hall, devrais-je dire) qui se trouve à l’entrée des salles d’audience.

On pourrait penser que le nom vienne du fait que, en tournant en rond, on y perd ses pas, d’où le terme de « pas » qui seraient « perdus ».

Pourtant, l’origine de cette expression est beaucoup plus intéressante.

C’est sous le règne de Louis XVIII que l’expression « la salle des pas perdus » prend son origine. À cette époque, le contexte politique français est trouble. Après un premier exil, Napoléon retrouve son nom d’empereur (c’est l’épisode des cent jours). En 1815, après la défaite de Waterloo, arrive la seconde restauration et Louis XVIII reprend le trône.

Le retour de Louis XVIII s’accompagne de l’élection, au mois d’août 1815 d’une Chambre des députés. Le suffrage censitaire pousse la noblesse et la bourgeoisie à élire des députés qu’ils pensent être les défenseurs de la France, de la Restauration et de leurs intérêts. C’est une Chambre ultra royaliste aux fortes convictions anti-révolutionnaires qui est élue.

Ainsi, sur les 400 députés de la Chambre, ce sont 350 ultraroyalistes qui sont élus.  Le roi ne pensait pas pouvoir rêver mieux et la nomme « Chambre introuvable ». Louis XVIII signifie par cette expression que, même en nommant lui-même ses membres, il n’aurait trouvé une chambre aussi royaliste.

Mais cette chambre devient rapidement « plus royaliste que le roi », et s’oppose aux idées progressistes de Louis XVIII et de son gouvernement mené par le Duc de Richelieu. Elle est dissoute par le gouvernement un an après son arrivée aux affaires.

Au cours de la nouvelle élection certains députés ne sont pas réélus, ce sont les « perdus », tandis que les députés réélus sont nommés les « pas-perdus ».

Au Palais Bourbon, lieu où se tient la Chambre, ceux-ci se réunissent dans une salle qui prend naturellement le nom de salle « des pas-perdus ».

C’est ainsi qu’est née cette expression !

[source]

vendredi 8 juin 2018

La Salle des Pas Perdus

Reprenons, pour évoquer cette salle, le commentaire contenu dans le Guide du visiteur du Palais Bourbon (1949) :

Entrons maintenant dans la vaste Salle des Pas Perdus, longue de 20 mètres, large de 11, toute revêtue de stuc jaune imitant le marbre de Sienne. " Ce vestibule est désigné sous le nom de Salon de la Paix (qu'il portait déjà au temps du Conseil des Cinq-Cents), sans doute, prétendait un chroniqueur de l'Illustration (25 décembre 1847), par opposition avec la salle à laquelle il mène, et où règne une dispute continuelle... ". 

Son plafond élevé et ses voussures portent d'assez médiocres peintures d'Horace Vernet ; le motif central figure la Paix. Elle est figurée par une jeune femme assise sur des nuées et tenant des fleurs dans sa main droite levée ; un lion est couché à ses côtés ; des attributs pacifiques l'entourent. Deux sujets encadrent ce tableau principal ; on voit, à gauche, le Génie de la vapeur sur terre : une locomotive à haute cheminée qui va passer sous une voûte ; le peintre, jugeant peu noble de figurer un mécanicien en casquette et tenue de chauffe, a préféré le représenter tout nu. A droite, le Génie de la vapeur sur mer, à l'avant d'un bateau, met en fuite des divinités marines, des poissons et des oiseaux. 

Une grande frise règne tout autour de la salle : des terrasses du Palais Bourbon, ceintes d'un balcon doré, d'un côté les pairs et la magistrature, de l'autre les membres du Corps Diplomatique et de l'Université, regardent défiler le cortège, visible pour eux seuls, de Louis-Philippe venant faire l'ouverture des Chambres. Les détails de toutes ces peintures sont intéressants, mais l'ensemble est d'un goût contestable. Sur des piédestaux de marbre, placés aux extrémités, reposent, depuis 1820, les groupes en bronze Le galate vaincu (ce couple Gaulois qui se donna la mort pour ne pas tomber au pouvoir des Romains) et de Laocoon, fondus par Keller.

Elles provenaient du dépôt de Marly d'où elle avait été apportées au Palais Bourbon vers la fin de l'an III et déposées provisoirement dans la cour du côté de la Seine. Le Laocoon se prête, comme le remarquait un chroniqueur facétieux sous la Monarchie de Juillet, à toutes les interprétations : " pour les uns, les serpents qui enlacent le malheureux père et ses enfants, figure l'opposition tourmentant le pouvoir et le poursuivant de son venin ; pour les autres c'est la Constitution se débattant sous les contraintes du pouvoir... ". 

Au milieu du grand mur, entre deux portes-tambours qui remontent à 1837, est adossé un moulage de la Minerve antique de Velletri. Cette statue a remplacé le buste de Mirabeau, qui donnait jadis son nom à cette salle.

[Extrait du Guide du visiteur du Palais Bourbon (1949)] 




mercredi 6 juin 2018

La haie d'honneur au passage du Président


A chaque ouverture de la séance de l'après-midi, un cérémonial usité depuis Louis-Philippe, se déroule dans la Salle des Pas-Perdus. Venant de l'Hôtel de Lassay, plus précisément du Bureau du Départ, le Président, précédé de deux huissiers et suivi des secrétaires, entouré de deux officiers, sabre au clair, traverse la Galerie des Fêtes, la Rotonde et la Salle des Pas-Perdus, au milieu des troupes formant la haie, tandis que les tambours battent aux champs, pour se rendre directement dans la salle des Séances. Il emprunte alors la porte qui se trouve près de la statue de Pallas Athéna.

Ce cérémonial, hautement symbolique, et dont l’origine remonte à la Révolution, est là pour exprimer la subordination du pouvoir militaire au pouvoir civil.

jeudi 8 mars 2018

Origine des notions de droite et de gauche


Le 11 septembre 1789, les députés de l'Assemblée constituante, réunis pour délibérer sur le droit de veto accordé au roi Louis XVI, se répartissent spontanément de part et d'autre du président : à droite, aux places d'honneur, s'installent les « monarchiens » guidés par Jean-Joseph Mounier. Ils sont partisans d'un veto absolu qui permettrait au roi de rejeter définitivement toute loi. À gauche s'installent les opposants, le groupe des « patriotes », mené par  le marquis de Mirabeau. Ces derniers préfèrent un simple veto suspensif (ils auront finalement gain de cause). À l'issue de ce vote, la mise en place d'un veto suspensif l'emporte, à 673 voix contre 325. Le clivage droite-gauche apparaît pour la première fois.

Cette répartition s'enracine lorsqu'à partir d'octobre 1789, les députés délibèrent dans la salle du Manège des Tuileries. Les uns, hostiles à la Révolution ou soucieux de la contenir, s'assoient sur le côté  droit de la salle, par  rapport  au  président  de  l'Assemblée  (ce côté réputé honorable est dit le « côté de la reine »). Les autres plus ou moins favorables à la Révolution, s'assoient à la gauche du président  (le « côté du Palais-Royal »). Ils  se  disent  « patriotes »  et  qualifient  leurs  opposants d'« aristocrates ».

De cette répartition des députés français par affinités datent les clivages entre une droite (réputée conservatrice) et une gauche (réputée révolutionnaire ou réformiste) qui rythment aujourd'hui encore la vie politique dans toutes les démocraties.

mercredi 22 février 2017

Pourquoi appelle-t-on ce palais le « Palais Bourbon » ?

Tout simplement parce qu’il a été construit pour la Duchesse de Bourbon, la fille légitimée de Louis XIV et de la Montespan. L'Assemblée nationale a donc pour siège une ancienne demeure aristocratique.

François de Troy - Louise-Françoise de Bourbon dite « Mademoiselle de Nantes »
C’est en 1722, Louise Françoise de Bourbon a 49 ans quand elle fait construire ce palais. Elle est veuve depuis une dizaine d’années du Prince de Condé.  Ils ont eu 9 enfants. Elle a un ami/confident/amant, de 10 ans son cadet, le Marquis de Lassay. Il faut imaginer au début du 18ème siècle cette partie de Paris, où sera construit le Palais Bourbon, comme une zone essentiellement naturelle, ce n’est pas vraiment Paris, ce n’est pas vraiment construit, Paris s’arrête grosso modo à Saint Germain des Prés. Ensuite on a un habitat de plus en plus épars. Puis nous arrivons même à un lieu mal famé, le Pré aux Clercs, l’endroit où les étudiants vont vider leurs querelles d’honneur en se battant en duel. Autre avantage de cette localisation, tout près d'ici, de l'autre côté de la Seine et plus à l'est, se trouve le Palais des Tuileries. 

C’est le Marquis de Lassay qui va conseiller à la Duchesse d’acquérir ces terrains et d’y faire construire un palais. Le Marquis de Lassay quant à lui se fait construire un hôtel particulier, l’Hôtel de Lassay. 

Le Palais Bourbon est construit entre 1722 et 1728, pendant la même période, l’Hôtel de Lassay est édifié.

La Duchesse de Bourbon vivra dans ce Palais jusqu’à sa mort en 1743. En 1756, Louis XV rachète le Palais qui tombe peu à peu à l’abandon. Puis, en 1764, Louis XV le cède au Prince de Condé, petit-fils de la Duchesse. Le Prince de Condé fait des aménagements longs et coûteux. Il achète l’Hôtel de Lassay, en 1768, aux héritiers du marquis de Lassay. Mais, en 1789, la révolution le contraint à l’exil.

En 1791, confiscation des biens d’émigrés. Le Palais Bourbon est donc confisqué comme bien d’émigré. 

En 1795, la Convention adopte la Constitution de l’an III. Cette constitution institue le bicamérisme avec le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents. La Convention affecte le Conseil des Cinq-Cents au Palais Bourbon. Et donc le temps de construire un premier hémicycle, le Conseil des Cinq-Cents siège au Palais Bourbon à partir du 21 janvier 1798. Entre-temps de 1795 à 1798 le Conseil des Cinq-Cents a siégé dans la salle du Manège située dans l'actuelle rue de Rivoli.

Bon an, mal an, les députés vont y siéger pendant les différents régimes qui vont se succéder par la suite. En 1810, la construction du 1er hémicycle ayant défiguré la façade côté Place de la Concorde, on va construite un péristyle avec la colonnade qu’on connait encore aujourd’hui. En 1814, avec la Restauration, le Palais Bourbon et l’Hôtel de Lassay sont rendus au Prince de Condé et l’état va lui louer le Palais Bourbon afin de pouvoir continuer à y siéger.

Problème, après les années 1820, le Palais Bourbon est dans un état alarmant, et l’hémicycle menace de s’effondrer. Il faut faire des travaux, et c’est au prix d’âpres négociations que l’état va racheter le Palais Bourbon au Prince de Condé.

C’est entre 1827 et 1832, Sous la houlette de l’architecte Jules de Joly, que le Palais Bourbon va complètement changer et prendre sa forme actuelle. Avancement de la façade côté cour d’honneur avec construction d’un péristyle à quatre colonnes et division de l’espace en salons.

C’est donc en 1832, que le Palais Bourbon va prendre l’aspect qu’on lui connait aujourd’hui et qui n’a plus rien à voir pratiquement avec le Palais Bourbon tel que l’avait construit la Duchesse. 1832, nous sommes sous le règne de Louis-Philippe, dernier roi en France, c’est une monarchie constitutionnelle, la « monarchie de juillet ». C’est pourquoi de nombreux éléments dans la décoration du Palais Bourbon sont liés à cette époque et à ce régime.